Cette nouvelle littéraire a été présentée dans une classe de 5e année dans le but d’inviter les élèves à créer en équipe des bandes dessinées inspirée de cette histoire.
Ce projet a donné naissance à la création d’un recueil de bandes dessinées dans lesquelles les élèves ont représenté les personnages, les ont fait parler parfois et souvent lui ont même imaginé une suite. Un lien au bas du texte permet de voir le recueil de textes.
Sure d’elle, Valérie conduit son petit bolide. Encore une fois, en compagnie de son ami, elle traverse une réserve faunique québécoise. Les deux compères roulent en pleine nature sauvage. Les conifères et les feuillus aux couleurs de l’automne défilent les uns derrière les autres à une vitesse vertigineuse.
Valérie conduit pendant que son ami roupille près d’elle. Elle conserve l’œil alerte. Elle lutte contre la nature qui l’envahit et cède à la route qui l’accapare. Elle scrute minutieusement tout ce qui se présente à elle. Elle bouge légèrement la tête de gauche droite; elle surveille tout. Elle cherche le détail qui la sortira de cette nature lassante, de ce désert d’humains, tentateur de sommeil.

La conductrice et le passager se dirigent vers Québec. Depuis plus d’une heure, le silence règne. Seuls les soupirs de l’une et les respirations de l’autre traduisent la vie dans cette auto. Valérie croise une voiture. Puis, plus rien. Personne. Encore quatre-cents kilomètres qui la séparent de son destin. Valérie analyse minutieusement la route déserte.
À chaque instant, elle écarte les rideaux du spectacle qui se déroule devant elle. Subitement, dans une courbe, un magnifique animal surgit de nulle part. Saisie d’admiration, Valérie observe son élégance. Elle ralentit. Elle le voit tout près d’elle se tenir droit sur ses quatre pattes et dépasser aisément la hauteur de la carrosserie de la voiture.
Valérie réveille son ami et s’extasie.
— Regarde! Regarde! Comme c’est extraordinaire! Une perfection de la nature.
Son cœur bat au rythme des enjambées de l’animal.
Un cheval court au galop tout près d’eux. N’est-ce pas exceptionnel?
N’est-ce pas inhabituel, un cheval qui frôle la ligne blanche au beau milieu de la route? En hiver, on aurait aperçu la fumée sortant de ses narines. Son pelage brun foncé coupe la verdure des épinettes noires. Inconscient de ce que la vie lui réserve, la tête en l’air, il poursuit sa route.
Au même instant, le doute s’installe dans l’esprit de Valérie. Quelques gouttes de sueur perlent sur son visage. Elle a peur. Ses yeux tentent de toucher ce cheval. Impossible!
La carcasse de métal de l’auto les sépare. Un cheval dans une réserve faunique du Nord québécois, est-ce vraiment possible? La réalité n’a rien d’un rêve. Valérie frissonne. Tout se bouscule. Ses nerfs s’entrelacent, ses muscles s’agrippent. Elle voit le cheval se transformer en autre chose. Elle ralentit la vitesse. Le mirage québécois se dandine près d’eux.
Il fend l’air et emprunte le même chemin que Valérie. Maitre de sa destinée, il peut changer de direction à n’importe quel moment. Valérie lève discrètement son pied de l’accélérateur comme si elle craignait qu’il la voie. Naïvement, l’animal poursuit sa route juste un peu plus rapidement qu’elle.
À quelques mètres devant l’auto, l’orignal tourne lentement à gauche, sans clignoter. La tête haute, sans se retourner, il change de direction. Seul son compagnon, qui l’attendait dans le bois, l’a vu cligner de l’œil gauche.
(1994)
Une réponse à « Le mirage québécois »
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Très bien écrit 🙂
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