Note aux lectrices et aux lecteurs
Ce texte a été créé dans le cadre d’un cours de création littéraire de littérature jeunesse. Il a été présenté à des élèves de la fin du primaire pour recueillir leurs commentaires et leur appréciation de ce récit. Quelques-uns ont dessiné ce qu’ils avaient compris de cette histoire. Leurs dessins apparaissent dans le texte. Cette nouvelle littéraire conviendrait bien également à des jeunes du secondaire. Elle sera présentée en deux parties.
Il était une fois un fleuve magnifique qui prenait sa source dans d’immenses lacs et coulait jusqu’à l’océan Atlantique. Nommé Triss par les premiers habitants de la région, le fleuve longeait les côtes de Sablossol, un petit village comme il en existe tant d’autres sur la Terre. Dans ce merveilleux lieu, les enfants s’amusent facilement, car la nature est généreuse avec eux.
L’hiver, les sablossoloises et les sablossolois jouent dans la neige. Ils skient sur les pentes de la petite montagne qui bordent le village et ils patinent sur le fleuve. C’est assez facile de préparer une belle grande patinoire dans l’Anse aux jeux. En effet, Triss entre juste assez dans les terres pour que le courant faiblisse et qu’il soit possible de retrouver une eau tranquille, gelant assez uniformément. Les adultes font une corvée dès que les glaces arrivent. Chacun apporte son aide dans les différentes tâches. Ainsi, quel bonheur pour tous de patiner au grand air!
L’été, les sablossoloises et les sablossolois jouent au ballon sur la plage, grimpent aux arbres et se baignent dans le beau grand fleuve. Le sable chaud caresse les pieds de tous. C’est un plaisir de sentir ces petits grains flatter ses orteils. Même les tout petits sourient quand ils posent le pied sur le sable. Les gens se rencontrent aussi les soirs de fête autour d’un grand feu sur la grève.

Les habitants du village sont heureux habituellement et ils sont fiers de côtoyer Triss depuis toujours. Malgré tout ce temps passé en sa compagnie, aucun humain n’avait vraiment réussi à s’habituer à ses mauvais états d’âme. Triss a même souvent suscité de grandes réactions chez ces villageois. C’est le point obscur dans la relation qui lie le fleuve aux humains.
Les grands-parents parlent souvent de lui à leurs petits-enfants en leur racontant des histoires.
« Il était une fois un fleuve qui coulait paisiblement tout près d’un village. Tous les matins, on voyait une forme poindre à l’horizon, comme une grosse orange juteuse. C’était le soleil, tout fier d’accompagner Triss. Sa couleur appétissante donnait le gout aux habitants de le regarder. Dès que le soleil était levé, il faisait miroiter l’eau et lui donnait une couleur argent. Dans ces moments-là, Triss a toujours été un grand frère pour nous. Il nous a tendu la main pour qu’on glisse tout doucement sur lui. Ces promenades sont de toute beauté! Par mauvais temps, c’est autre chose. Personne ne le fréquente. Mais, heureusement, grâce à l’action des mamans de Sablossol, l’épisode ne dure jamais bien longtemps. » C’est ce que raconte grand-père Alias.
Chaque habitant a un mot à dire sur Triss.
- C’est le plus beau fleuve du monde! Mais je crois que son cœur est prisonnier de mauvais souvenirs et d’expériences troublantes.
- Qu’il est magnifique ce fleuve! Je l’admire pour sa force qui le fait couler jusqu’à la mer. Mais comme il a l’air d’un jeune garçon malheureux!
- Pour moi, Triss est une immense mer comparativement aux fleuves que j’ai vu dans ma vie. Mais comme il ne sait pas prendre la vie du bon côté!
Les opinions divergent parfois, mais tous les villageois l’aiment. Par ailleurs, ils se rallient autour du fait qu’ils sentent le fleuve aux prises avec des émotions contradictoires quand il rencontre son pire ennemi, l’Avenir. L’Avenir et le brouillard : c’est du pareil au même pour le fleuve… Un danger à combattre!
La rencontre avec l’Avenir
Que se passe-t-il alors quand Triss côtoie un brouillard? Pourtant, causé par un simple changement atmosphérique, le brouillard prend son origine à la surface de l’eau. Dès son apparition, il frôle donc Triss. Le fleuve réagit subitement et fortement, car, pour lui, il s’agit d’un signal de danger. Triss craint alors le pire.
- Ah! Non. Pas encore toi, l’Avenir! Je t’ai reconnu. Tu ne t’en tireras pas comme ça!
La colère s’installe pour faire ses ravages. Triss entre dans des moments troubles.
Le fleuve se dresse sur ses pattes arrière, dévoilant ainsi toute son immensité. Debout, il ouvre ses pattes avant pour laisser voir ses griffes meurtrières.

Longues, recourbées et pointues, elles font craindre le pire à tout ce qui se trouve sur son chemin. La gueule grande ouverte, Triss est devant l’Avenir; il parait alors prêt à mordre tout ce qu’il rencontre. Ses yeux deviennent plus petits, comme s’ils étaient en train de se dessécher à l’air libre. Déchainé, il concentre alors son regard sur tout ce qui bouge près de lui ou se pointe à l’horizon. Il s’agite et il est possible pour les gens qui l’observent de voir comme ses gestes sont mal coordonnés. Il donne l’impression de ne plus savoir ce qu’il fait. On raconte même que son âme s’énerve comme s’il avait peur de la perdre. L’Avenir pouvait-il la lui enlever?
Depuis qu’il existe, le fleuve a toujours combattu seul son ennemi. À chaque lutte, quand il s’est dressé, les habitants de Sablossol ont vu ses énormes flancs noirs garnis de plusieurs cicatrices. Chacune trahissait l’histoire d’un combat et rappelait sans cesse à Triss ses malheureuses rencontres.
Pour l’une, c’était une bagarre avec le froid. Ce dernier avait picoré et percé sa peau, laissant une impression que quiconque pouvait passer au travers de lui sans problème. Pour l’autre, c’était une querelle avec le gel. Très égoïstement, le combattant glacé s’était trouvé un endroit pour se réchauffer. Il avait donc creusé des sillons dans la peau de Triss. Enfin, la chaleur, quant à elle, aurait pu paraitre innocente. Pourtant, elle s’était permis de boursouffler les pores de sa carapace les plus fragiles. Confortablement installée, elle ne s’était pas souciée de la souffrance qu’elle provoquait chez son hôte.
Pourtant, si Triss voyait comment les villageois l’aiment et le respectent, il aurait possiblement moins peur de l’Avenir. Les jeunes comme les vieux se souviennent des bons moments vécus avec lui et ils savent qu’il est capable de se montrer très calme et empreint d’une grande générosité.
Les sablossoloises et les sablossolois ont déjà vu ses grands bras accueillants bercer les animaux et les hommes. Serein, il les a très bien guidés jusqu’à la mer.
- Regarde, Maman, comme Triss aide les gens!
- Eh! Oui, Alice. Il les soutient pour qu’ils le traversent.
- Je sais, Maman. Le fleuve est une grande étendue d’eau. C’est un endroit qui peut faire peur aux humains.
- Oui, on peut s’y sentir très seule quand on ne voit aucune terre à l’horizon.
- J’aurais peur, Maman, si tu n’étais pas avec moi. Il n’y aurait rien, non plus, pas d’endroit pour y poser le pied. Des kilomètres et des kilomètres d’eau…
C’est la même chose pour les poissons, les baleines et les phoques! Pour eux, le fleuve est un ami. Tous ces animaux prennent place à sa table. C’est le comptoir à salade avec des plantes et des algues à volonté.
Les villageois se sont toujours raconté des histoires pour apprivoiser leurs peurs et chercher des moyens d’aider Triss, car ils n’ont jamais aimé le voir devenir furieux. Ils se souviennent encore de la dernière fois où il a grondé si violemment que même les adultes se sont bouché les oreilles. Les enfants sont retournés rapidement à la maison pour se cacher sous leur lit ou dans le sous-sol en attendant que le calme revienne. Sa colère a tellement soulevé de vent que les plantes se sont courbées pour échapper à sa furie, les arbres n’en menaient pas large, quant à eux. Par ailleurs, les villageois s’entendent sur un point. Monsieur le maire, monsieur Alias, l’a très bien exprimé à une journaliste : « Même si chacune et chacun d’entre nous aimons Triss, madame Beaucœur, et l’admirons tous les jours, nous n’excuserons jamais ses comportements malveillants! »
À Sablossol, tout le monde connait Triss et ses mauvais moments, à l’exception de Noumie.
La rencontre avec la nouvelle villageoise
Noumie est une nouvelle habitante de Sablossol. Jeune enseignante, elle est reconnue pour son amour des enfants et de la musique. Dans son village natal, elle gardait ses petits voisins quand leurs parents s’absentaient et elle faisait partie d’une chorale. Aujourd’hui, elle est rendue ailleurs. Nouvelle engagée à l’école primaire « Les créations de demain », elle a choisi ce village. Dès sa première visite, elle a aimé ce beau coin de pays.
Malgré sa petite taille, Noumie ne mesurant que 1 m 55, elle pratique plusieurs activités de plein air. Ses longs cheveux noirs au vent, elle a navigué souvent sur des fleuves, mais jamais sur un fleuve de cette taille. Elle est arrivée avec ses deux compagnons : un chat tacheté noir et blanc, à l’allure d’une vache, et un petit radeau fait de simples planches de bois, mais oh, combien il lui est utile! Maintenant qu’elle est installée dans sa nouvelle maison, elle juge qu’il est temps de profiter des attraits de son nouveau lieu d’habitation.
Son maillot de bain enfilé, un coussin pour s’étendre, la voilà prête à rejoindre son ami pour naviguer sur le fleuve grâce à lui. Son chat l’attendra à la maison. Quelle belle activité après une journée de travail! Le courant est calme dans l’anse où est placé son radeau, attaché à un saule. Noumie le détache et le pousse légèrement. La voilà partie!
Tous les habitants voient Triss transporter une légère embarcation avec sa passagère, la bercer doucement, et, comme il fait un temps magnifique, personne ne s’inquiète.
Allongée sur son coussin, Noumie se laisse cajoler par le chaud soleil du midi. Elle respire l’odeur fraiche du fleuve. Le bruit des caresses de l’eau sur son radeau lui sert de berceuse. L’amoureuse de l’eau flotte lentement au fil des instants qui coulent doucement les uns sur les autres. Depuis plus d’une demi-heure, portée par le courant, elle est poussée vers nulle part, elle se laisse guider par Triss.
Triss ainsi que Noumie se retrouvent tout à coup dans un brouillard. Le brouillard, l’Avenir, c’est du pareil au monde pour le fleuve. Voilà l’ennemi de Triss!
(créé en 2001, révisé en 2025)
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